Le registre soutenu en français : spécificités de la grammaire

Si tu veux t'exprimer dans un français soutenu, il te faudra aborder des notions de grammaire complexes.

Quand on s’exprime dans un registre soutenu, on utilise bien sûr un vocabulaire adapté, mais on peut également recourir à des structures grammaticales différentes de celles qu’on utiliserait en français courant (ou familier).

Le français soutenu peut engendrer une syntaxe particulière, c’est-à-dire que la construction de la phrase sera spéciale.

D’une manière générale, plus le niveau est soigné, plus les phrases sont longues.
Le champion toutes catégories est l’écrivain français Marcel Proust qui, dans son roman Sodome et Gomorrhe écrivit une phrase de 856 mots.

Lire Marcel Proust en français ?… Voilà un défi pour ton français ! En effet, cet auteur est connu pour son style extrêmement travaillé, complexe et hautement littéraire.

Il arrive que la langue recherchée rajoute des mots… ou qu’elle en supprime ! On y rencontre également des formes verbales que personne n’emploierait jamais dans un contexte courant ou familier.

Tout un programme, non ? Alors faisons le point sur les spécificités de la grammaire en français soutenu.

1- Les tournures avec inversion

La question

Poser une question en français soutenu demande d’inverser la position du sujet et du verbe. Observe (et écoute) les exemples ci-dessous :

  • Tu fais quoi ? (Question familière)
    Qu’est-ce que tu fais ? (Question courante)
    Que fais-tu ? (Question soutenue)

  • Roméo aime Juliette ? (Question familière)
    Est-ce que Roméo aime Juliette ? (Question courante)
    Roméo aime-t-il Juliette ? (Question soutenue)
  • Tu leur en as déjà parlé ? (Question familière)
    Est-ce que tu leur en as déjà parlé ?
    (Question courante)
    → Leur en as-tu déjà parlé ?
    (Question soutenue)

Peut-être, Sans doute, À peine

Ces expressions sont, en français soutenu, suivies du verbe, puis du sujet.
Observe (et écoute) les exemples ci-dessous :

  • Peut-être que Pierre viendra demain — Pierre viendra peut-être demain. (Français courant)
    Peut-être Pierre viendra-t-il demain. (Français soutenu)

  • Sans doute qu’elle n’avait pas eu de chance — Elle n’avait sans doute pas eu de chance.(Français courant)
    Sans doute n’avait-elle pas eu de chance. (Français soutenu)

  • Il était à peine arrivé à la maison que sa fille lui réclamait déjà un câlin. (Français courant)
    À peine était-il arrivé à la maison que sa fille lui réclamait déjà un câlin.
    (Français soutenu)

2- La négation partielle soutenue

La négation est également une des tournures qui, en français, vont te permettre de repérer facilement si ton interlocuteur s’exprime dans une langue familière, courante ou soutenue.

EN FRANÇAIS FAMILIER : le NE de la négation est systématiquement oublié.

  • J’ai pas faim, j’veux plus rien manger.

EN FRANÇAIS STANDARD : la négation repose sur 2 parties : NE devant le verbe ET une deuxième partie négative (NE… pas, rien, plus, jamais, personne, pas encore, nulle part)

  • Je n’ai pas faim, je ne veux plus rien manger.

📌📌📌ATTENTION
EN FRANÇAIS SOUTENU : la négation va prendre une forme particulière avec 2 verbes, pouvoir et savoir. Avec ces verbes, tu vas garder le mot NE et omettre le mot PAS :

  • Je ne sais comment vous remercier.
  • Il ne pouvait lui dire en face ce qu’il pensait de lui.

3- Le NE explétif

NE explétif, telle est la manière de nommer ce NE qui n’est pas négatif.
Moi, je l’ai baptisé NE décoratif : il est juste là pour « faire beau »... Heu, je voulais dire pour « embellir » la phrase. On utilise ce NE décoratif dans certaines situations bien précises :

Dans certaines structures avec le subjonctif

  • AVANT QUE
    Je les appellerai avant qu’ils partent. (Français courant)
    Je les appellerai avant qu’ils ne partent.
    (Français soutenu)

  • CRAINDRE, AVOIR PEUR, DE CRAINTE QUE, DE PEUR QUE
    Je crains qu’il fasse trop froid pour pique-niquer. (Français courant)
    Ils sont rentrés plus tôt de peur qu’il y ait des bouchons sur l’autoroute. (Français courant)
    Je crains qu‘il ne fasse trop froid pour pique-niquer. (Français soutenu)
    Ils sont rentrés plus tôt de peur qu’il n’y ait des bouchons sur l’autoroute.
    (Français soutenu)

Dans certaines structures comparatives

  • Ta fille est plus grande que je croyais. (Français courant)
    Ta fille est plus grande que je ne croyais. (Français soutenu)

  • Je comprends mieux l’allemand que je le parle. (Français courant)
    Je comprends mieux l’allemand que je ne le parle. (Français soutenu)

4- Français soutenu : le recours à certaines formes verbales

Le passé simple, et sa forme composée le passé antérieur, reprennent dans un registre écrit et soutenu les valeurs du passé composé et du plus-que-parfait.
Cependant, ces deux temps ont presque disparu à l’oral… Ils ne sont guère utilisés que dans des textes littéraires.

C’est ce qui rend la lecture de la littérature française en français si difficile pour les étudiants… Car même les contes de fées ou les livres d’enfants sont normalement rédigés au passé simple et au passé antérieur.

Un exemple pour observer l’alternance de l’imparfait, du passé simple et du passé antérieur :

Il était une fois un roi et une reine qui n’avaient pas d’enfant. Un jour enfin la reine donna naissance à une petite fille. […] Après que la jeune princesse se fut piquée avec le fuseau, elle tomba dans un profond sommeil qui allait durer cent ans. […] Après que le prince l’eut embrassée, la princesse se réveilla. Ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux tous ensemble.

« La Belle au Bois Dormant« 

Petite info : si tu veux commencer par étudier la conjugaison du français standard, Christian a élaboré spécialement pour toi…

Trois autres formes verbales ont complètement disparu d’un usage courant de la langue française, voire du registre soutenu : il s’agit de l‘imparfait et du plus-que parfait du subjonctif, ainsi que du conditionnel passé deuxième forme.
On ne les trouve désormais que dans des textes littéraires.

L’imparfait et le plus-que parfait du subjonctif sont remplacés par le subjonctif présent et le subjonctif passé dans un registre moins précieux :

Du SUBJONCTIF PRÉSENT au SUBJONCTIF IMPARFAIT

  • Il fallait qu’il vienne nous voir pour que nous en discutions. (Subjonctif présent)
    Il fallait qu’il vinsse nous voir pour que nous en discutassions. (Subjonctif imparfait)

Du SUBJONCTIF PASSÉ au SUBJONCTIF PLUS-QUE-PARFAIT

  • Je tenais à ce qu’ils soient partis avant midi, mais je doutais qu’ils m’aient obéi.
    (Subjonctif passé)
    Je tenais à ce qu’ils fussent partis avant midi, mais je doutais qu’ils m’eussent obéi. (Subjonctif plus-que parfait)

Du CONDITIONNEL PASSÉ au CONDITIONNEL PASSÉ DEUXIÈME FORME

Autre forme bizarroïde : Le conditionnel passé deuxième forme.
C’est également un temps que l’on utilisera exclusivement dans des textes très littéraires.
On va le remplacer par le conditionnel passé dans un registre moins précieux :

  • J’aurais aimé que vous soyez heureux (Conditionnel passé + subjonctif présent)
    J’eusse aimé que vous fussiez heureux (Conditionnel passé 2e forme + subjonctif imparfait)
  • Si tu étais venu, j’en aurais été folle de joie (Si + plus-que-parfait + conditionnel passé)
    Fusses-tu venu, j’en eusse été folle de joie. (Conditionnel passé 2e forme avec inversion + conditionnel passé 2e forme)

Pour conclure

S’exprimer dans une langue recherchée n’est pas une sinécure (ce n’est pas simple). Néanmoins, pour peu que tu sois un tantinet curieux et aventureux (Mais si tu es un peu curieux et aventureux), tu seras à même de (tu pourras) découvrir des finesses d’expressions inégalées et des plaisirs linguistiques jubilatoires (qui t’apporteront de la joie).

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