Du français au franglais

Le franglais, tu connais ? C'est un mélange de français et d'anglais. Plus précisément, des mots anglais ou pas toujours anglais qui sont utilisés par les Français.

En tant que professeur de français, je suis constamment amusée (et parfois consternée) par le nombre de mots anglais que l’on trouve aujourd’hui dans la langue que j’enseigne. Ce vocabulaire a même un nom qui lui est propre : le franglais !

Bon, nous ne sommes pourtant pas seuls sur cette voie… Par exemple, les Allemands ont créé le fameux denglisch et les Anglais, eux, maîtrisent parfaitement le spanglish !

Bien sûr, quand on aborde la question du franglais, certains puristes vont lever les yeux au ciel, grommeler que l’anglais prend le dessus et décrier cette situation comme une atteinte au caractère sacré de notre belle langue. Mais après tout, le français n’est pas une langue morte… Les langues évoluant constamment, il me semble qu’il s’agit là d’un processus somme toute assez naturel. Et comme la mondialisation est de plus en plus présente, il est inévitable que des mots étrangers commencent à s’infiltrer dans notre vocabulaire.

Mais certains de ces mots ont pris une vie qui leur est propre… Aujourd’hui, j’ai voulu jeter un coup d’œil à l’histoire de ces échanges, de ces emprunts et de ces voyages linguistiques… Et te présenter quelques exemples de ces mots mutants, néologismes incontournables de l’Hexagone contemporain.

Est-ce que tu comprends le franglais ? Un mélange de français et d'anglais

Le franglais, une histoire d’échanges

En France, quand on fait référence au franglais, on pense généralement à l’introduction de mots anglais au XXe siècle. Pourtant, les deux langues ont une longue histoire d’emprunts et d’échanges qui remonte au XIe siècle. Si si si, je t’assure…

En 1066, Guillaume le Conquérant envahit l’Angleterre et le français devient la langue de la Cour, de l’administration et des élites. Guillaume et ses sbires dévoraient alors, à la table du Roi, de la viande de beef, mutton et de pork. Alors que pour les paysans anglais, les animaux qu’ils élevaient s’appelaient cow, sheep et pig !

Ce n’est qu’un des nombreux exemples de ces emprunts au français…  En fait, d’après la linguiste Henriette Walters, environ les deux tiers des mots anglais sont d’origine française. Il y a donc bel et bien le franglais de France, mais aussi le franglais d’Angleterre !

Nous pouvons ainsi constater que, loin d’être un phénomène récent dû à la mondialisation, le français et l’anglais s’influencent mutuellement depuis des siècles, chacun empruntant des mots à l’autre selon ses besoins. Et d’ailleurs, certains mots ont voyagé plusieurs fois, dans les deux sens.

L’un de mes préférés est le verbe français flirter. Bien sûr, il est clair qu’il vient de l’anglais to flirt. Mais connais-tu l’étymologie de ce joli to flirt ? En fait, il vient de conter fleurette, une expression médiévale qui signifiait au sens propre parler des petites fleurs, les fleurettes, donc. Conter fleurette voulait dire parler d’amour. Cette expression existe toujours au XXIe siècle bien qu’elle soit super littéraire, précieuse ou désuète.  

Mots franglais : nombreux anglicismes dans la langue française depuis le XXe siècle.

On doit quand même reconnaître qu’au XXe siècle, la langue française a connu un enrichissement massif grâce aux anglicismes. Des néologismes sont apparus en anglais et sont passés dans la langue française, d’abord laissés tels quels, puis traduits, avec plus ou moins d’élégance en français. Tel est le cas de termes comme brainstorming ou burn-out et leurs équivalents remue-méninges ou surmenage.

Un des domaines où les anglicismes font florès, c’est celui de la technologie ou de l’informatique : des mots comme email, spam ou chat sont entrés dans la langue usuelle si rapidement que les autorités linguistiques françaises ont eu de la peine à suivre.

Néanmoins, on peut constater la naissance du courriel ou du mél (courrier ou message électronique qui sont utilisés en français professionnel), alors que le pourriel (mélange de courriel et pourri pour traduire spam) ou le clavardage (clavier + bavardage = chat) ne sont jamais vraiment entrés dans les moeurs.

Les Français entrent en Résistance contre les anglicismes et le franglais

On en a déjà parlé précédemment : une langue qui n’évolue pas est une langue morte. L’adoption de mots étrangers devrait donc être considérée comme un signe de la vitalité de la langue française. Pourtant, les puristes de la langue française n’acceptent pas cette situation sans broncher et ont mis en place tout un bataillon de lois, de mesures, d’actions et d’événements pour essayer d’endiguer l’influence néfaste des nouveaux mots étrangers, et principale cible de leur ire, le vocabulaire d’origine anglaise.

Stratégie de lutte contre les mots franglais :

La loi Toubon

Adoptée en 1994, la loi Toubon (du nom de Jacques Toubon, alors Ministre de la Culture) visait à protéger le patrimoine linguistique français face aux anglicismes. Dans les faits, cela revenait à instaurer un quota de 40% de production française à la radio et à la télévision, et à imposer l’utilisation exclusive du français dans tous les messages publics : publicités, textes, contrats…

Peut-être convient-il de rappeler quel est l’Article 2 de la Constitution française. Tu le connais peut-être ? Il commence par La langue de la République est le français. En France, ce n’est qu’après qu’on commence à parler… En français, of course !

Doublage ou sous-titrages ?

Contrairement à de nombreux pays européens qui diffusent films et séries étrangers agrémentés de sous-titres, la télévision française a une pratique florissante du doublage. Même chose pour le cinéma.

C’est la raison pour laquelle les Français risquent d’ouvrir de grands yeux si tu leur parles de blockbusters comme Star War ou de Lord of the Ring. Bien sûr qu’ils les connaissent… Seulement pour eux, il s’agit de La Guerre des étoiles et du Seigneur des Anneaux, alors… 

L’avantage de cette pratique pour les apprenants de français, c’est que le contenu doublé est souvent facile à comprendre, chaque acteur connu se voyant souvent attribuer un doubleur, quel que soit le film.

Certains considèrent que le doublage est la raison pour laquelle les Français ne sont pas aussi forts en anglais que les Européens du Nord, qui auraient intérêt à utiliser plus fréquemment les sous-titres pour les contenus en anglais.

Le premier dictionnaire de français : l’Académie française au boulot

Pour comprendre le problème que posent les anglicismes dans l’Hexagone, il est important de rappeler que le français est beaucoup plus réglementé que l’anglais en général et ceci, depuis des lustres. Ainsi, l’Académie française fondée en 1635 a eu à l’époque pour mission principale de créer le premier dictionnaire de langue française afin d’imposer l’usage de cette langue à la Cour du Roi, dominée à l’époque par le latin. L’Académie française est donc depuis sa création une sorte de Police de la langue française.

Aujourd’hui composée de personnalités illustres, principalement des auteurs et des intellectuels francophones célèbres, l’Académie guide le développement du français et conseille le gouvernement français sur son bon usage. Elle n’a cependant qu’un rôle consultatif ou de prestige.

Quelle attitude adopter face au franglais quand on est enseignant de français ?

C’est un sujet délicat que certains professeurs de langues ont tendance à éviter. Mais dans la pratique, c’est ainsi que le français est parlé par de nombreuses personnes, notamment les jeunes. Il est à mon sens nécessaire pour les étudiants de connaître les anglicismes les plus populaires et de savoir quand il est approprié de les utiliser.

Cela leur permettra de mieux suivre des conversations comme : Je vais checker mon e-mail ou Je t’ai liké sur Facebook. Et puis, on peut concevoir des activités rigolotes quand on aborde le franglais avec nos étudiants… En général, ils sont friands de tous ces petits mots utilisés « pour de vrai »  dans la rue.

Ma liste de mots franglais préférés :

Week-end

Bon, bien sûr, je vais commencer par le week-end (qui s’appelle fin de semaine au Québec… (Ils sont encore plus intégristes, heu… plus respectueux de la langue française) que nous autres Hexagonaux !

Pique-niquer

Le verbe pique-niquer, qui se conjugue bien sûr : demain, je pique-niquerai mais hier je n’ai pas pique-niqué… Avec mes copains pique-niqueurs et mes copines pique-niqueuses.

Shopping

Le shopping, of course, mais un joli verbe magaziner pour nos cousins Québécois !

Thrillers

Moi, j’adore les thrillers. Alors bonne chance pour la prononciation: ni tout à fait prononcé trilleur par les Français, ni vraiment frilleur… Quelque chose entre les deux, le /th/ anglais n’étant pas la tasse de thé des habitants de l’Hexagone. Mais fais bien attention, il est absolument, strictement interdit de prononcer avec l’accent anglais, sous peine de ne pas être compris par les Français !

D’autres mots franglais…

Et puis… challenge, cute, hipster, hobby, interview (interviewer, intervieweur), Asap, click & collect, drive…

En mot de la fin, je vais te faire un cadeau et t’offrir sur un plateau mon mot franglais préféré, mon absolu amour, mon best-off toutes catégories, mon chéri, mon chouchou… Le TALKIE-WALKIE ! Comment ça, tu ne me crois pas ?! T’as qu’à aller vérifier dans le Petit Robert ou le Gros Larousse ! Walkie talkie ? Qu’est-ce que c’est que ça ? On ne parle pas comme ça chez nous… Tout le monde sait bien qu’on dit talkie-walkie, non ?

Que pouvons-nous donc retenir de tout cela ? Qu’on soit un puriste du français ou un partisan des emprunts linguistiques, une chose est claire : le français et l’anglais continuent à s’influencer mutuellement de nombreuses manières, façonnant la façon dont nous communiquons, aujourd’hui et dons nous le ferons à l’avenir.

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